LRG N°3: Amours, SeXe, Vie

LRG N°3 est arrivé!    

           Qu’est-ce que le capitalisme ? Qu’est-ce que la bourgeoisie ? La bourgeoisie est la classe sociale de la perversité, de la perversité économique tout d’abord : comment peut-on définir autrement sa volonté de puissance, de domination, cette soif inextinguible d’accumulation sans fin de travail mort, de capital, au prix de souffrances et de morts incommensurables dans le camp des travailleurs, source de toute valeur, de toute richesse ? Au détriment de toute création de valeur, du travail vivant ? Ne faut-il pas être parvenu au dernier stade de l’inhumanité, de la déchéance morale, pour être à l’origine de l’autodestruction du monde, des civilisations humaines, de la Nature? Des pervers : comment définir autrement les accapareurs qui, en vivant dans le luxe et la luxure, parce qu’ils vivent dans les excès, font mourir de faim des millions de personnes qui ne demandent qu’à vivre décemment de leur travail ?

 (…) Je postule que la pornographie, en tant que détournement littéraire plaisant, plaisant à lire, en tant que genre littéraire à part entière, peut être un moyen efficace de dévoiler les atours dont la classe dominante se pare pour masquer ses crimes de lèse-humanité. Elle peut être ce qui symbolise le mieux, c'est-à-dire le plus simplement, le plus amplement, sa nature de classe contre-nature. C'est la raison d'être écrit de ce présent numéro de La Répétition Générale, numéro érotico-politique.

Le rédacteur collectiviste

 

Au sommaire de ce N°:

Le laboratoire oratoire ; Mon Amour ; Quand le sexe dressé dresse le tableau de l’ordre social (Extraits de SADE et de GUYOTAT) ; L’internat : l’interdit (P. DRAYOT) : XIII. La Philosophie dans l’arrière-salle ; XXX. Les poèmes de Victor-Hugo ; Portraits et poésies (Charlotte LAPLUIE) ; Poèmes libres à lire (ISYANI, B. Y. FLAMAND, A. BROCCO et N. HONEGGER, G. SCHNEIDER, G. BRULEZ) ; Proses poétiques (D. BULIARD) ; Courriers (M. VIGNON, A.F-DUPONT) ; La liste, récit de voyage.

 

Mon Amour

Quelques mots pour t'écrire que je t'aime.

Tout simplement, comme ça.

Sans explication, sans pourquoi, je t'aime.

Accepte que je t'aime. C'est comme ça.

Accepte moi comme je t'aime.

Tu dis me vouloir autre que je suis.

Tu dis me vouloir autre, « normal » : inconscient ?

Sans conscience de classe, de lutte :

Sans conscience de la lutte des classes.

Pour toi, c'est normal. C'est comme ça.

Normal comment ? Normal pourquoi ?

N'est-ce pas une chance de diverger ?

Et diverger, n'est-ce pas bien, bien assez ?

Tout simplement, chance ou pas, c'est comme ça.

Quelques mots, mon amour,

Quelques mots sans complication,

Quelques mots sans pourquoi ni comment,

Pour t'écrire que c'est comme ça, que je suis

Comme ça, que je t'aime.

C'est assez d'écrits d'amour.

 

Conflit, guerre mère, je ne l’approche plus j’y prends part. Nouveau champ de bataille s’offre à moi : violer consigne, piller disposition et massacrer syntaxe. C’est ici l’horreur qui advient.

Le tumulte qui nous contient n’a pas de code de guerre. Qu’on permette alors dévoilement dans ce que vous prenez comme chute. Main rouge et cœur noir, à tâtons je fouille en mes entrailles et vous arrache bouquet de mes boyaux gangrène. Je palpite encore pourtant.

Apocalypse, révélation.

Organiquement sentir la fiction, des stries fer rouge sur inconscience. Polizòn moderne.

J’annonce guillotine : qu’on coupe ce qui ne me retient pas. Je ne me sens missionnaire d’aucuns de vos prétextes, d’ailleurs je ne copulerai pas sous contrat et n’ai besoin en guise de raison que de celle de vivre.

Ne plus être champ d’investigation du radar ne peut être but seulement la traînée d’une circonvolution qui s’est offerte une dimension supplémentaire et vole à la tire selon la tournure des albatros.

Bifurquer chemin en des survies, se mettre à nu et aimer la pluie ruisselante. Je n’ai idée ni de l’homme ni de la science et pourtant m’innerve d’humanité tuméfiée : aurais-je aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes ? Notre auteur à paradoxes aurait-il avalisé les fictions modernes et normalisées ?

Sauter les distances afin d’arriver dans un vif sans sujet ni objet, le monde qui s’ouvre en des plaies infectées.

D. BULIARD

 

L’internat : l’interdit par P. DRAYOT

 L’interdit… ce que tout le monde sait, ce que tout le monde tait. Ce qu’on se répète et qu’il ne faut pas dire. Ce que tout le monde dit, ce qu’on se chuchote. Ce médit que l’on maudit… Il existe de nombreuses espèces d’interdits : même des interdits qui visent les autres espèces avec lesquelles on vit ; des interdits qui portent sur la vie, comme celui de ne pas l’ôter sans permis de tuer, de ne pas hâter sa fin. Il y a d’autres types d’interdits dont il ne faut pas parler, mais que tout le monde connaît : ils portent sur des transports d’un genre bien particulier : ce sont les interdits qui concernent les vits. Ceux-ci en sont cernés : ils ne peuvent pas rentrer n’importe où ; en fait, pour plus de clarté, dans n’importe qui, n’importe quoi. Les faire pénétrer dans tel ou tel endroit c’est faire tel ou tel choix, tel ou tel choix de vie : enfin, c’est ce qui se dit. Si vous fréquentez tel lieu, vous serez dit de telle manière et vous devrez vous conformer à tel interdit, conformément à telle règle ; si vous vous soumettez à tel autre dieu, ce sera d’une autre façon, façonnée selon tel autre interdit. Violer ces interdits implique d’avoir les idées larges, d’être bien élargi d’esprit ; c’est compliqué.

(…) Ce qui est toléré aujourd’hui, pas par tous d’ailleurs, ne l’était pas auparavant ; et inversement. Les interdits ont une histoire : ainsi il en va des vits et de leur vie, de ce qui s’en dit. L’homosexualité est toujours mal vue, mais elle n’est plus interdite : la sodomie se dit. À l’inverse, la pédérastie, institution sociale de la démocratie élitiste athénienne, pratique historique de haute noblesse à l’époque de la Grèce antique, la voilà aujourd’hui complètement choquante et interdite – du moins légalement. Rouage impérieux de ce modèle politique impérialiste qui est celui des bourgeois dominants, où le pouvoir de décider politiquement est un privilège de naissance, publiquement, ils la réprouvent, la répriment, la destinent à la roue contemporaine de l'emprisonnement. À croire que le sort du monde dépend de là où on rentre son vit. On dirait que pénétrer ne se fait pas à la légère, même si cela peut être assez plaisant (voire tout à fait orgasmique). On peut aussi le faire avec lourdeur, néanmoins, mais cela n’est pas nécessaire, ni même nécessairement bon ou agréable. On dirait – si au moins on le disait – que tout cela est vraiment trop convenu, trop cousu de conventions sociales. Cela se fissure, se craquelle ; cela se déchire en mille morceaux, en mille monceaux.

La vie des vits n’est pas anodine, socialement : les individus des différentes classes sociales n’en jouissent pas à leur guise. La bourgeoisie, classe perverse, classe dominante du mal capital, pratique la perversion polymorphe : ces dominants polymorphes enfoncent leurs vits où bon leur semble et se défoncent. Là où ils dominent sans partage, à l’abri des partageux, des choses déroutantes, qui empruntent des chemins peu connus, des routes de traverse, se passent : ce sont des lieux de non droit, là où les puissants, impuissants ou non, font leur loi ; des béances sociales où qui paye commande. Les interdits y sont dits, les discours courants n’y ont plus cours. Les vits pénètrent des endroits étonnants, détonants, dégoûtants. Il arrive que les flots qui s’en écoulent apportent une vie nouvelle à qui semblait en être dépourvu, même si bien pourvu il fut. Dire ces lieux, ce n’est pas médire, se charger de médisances : ils existent, ils s’explorent, même parfois avec une ingénuité toute propre à la pauvre Justine. On y décharge et on se décharge de tous les interdits : ce sont les temples de la bourgeoisie où tout s’achète, tout se vend, même la vie – surtout la vie. (…)

 

 

Une rose à Diyarbakir

Diyarbakir est une ville, une région

Que dis-je, c’est un continent !

Non c’est une terre, une terre interdite

Une zone illégale ne sais-je. 

Mais une fois dans nos cœurs

Diyarbakir ne peut nous quitter

Elle a ses chants, ses poètes, ses torturés.

Elle a ses monts

Peuplés de groupes armés

Peuplés de troupes de l’Armée.

Elle a même de sombres remparts

Ceux-là qui bravent

Ceux-là qui menacent

Quiconque ose l’assaillir, la dominer.

Diyarbakir abrite aussi un vestige

Ce vieux sérail de marchands

Un temple exaltant

Où l’on y goutte l’instant présent

Où l’on y passerait l’après à contempler

La rose singulière, une merveille.

N’en dirai-je davantage

Vous là saurez fleur d’exception

Et si vous y allez

Vous en sentirez l’odeur

Elle est des quatre saisons.

Ô Diyarbakir, offre-moi une destinée

Ou bien rends-moi la raison!

Le 26 novembre 2011, Isyanî

 

 

 

Soutenez la revue LRG, La Répétition Générale !

L'abonnement à la revue coûte 20€ et donne droit à 3 N°. Faites des chèques à l'ordre de: association littéraire LRG.

Envoyez- les à: LRG, Boîte Postale 1, Rue du Val, 25510 Pierrefontaine les varans

LRG ne compte que  sur ses lecteurs, leur soutien, leurs abonnements et sur le travail bénévole de ses rédacteurs.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site