LRG N°4, Commune

Parution de LRG N°4: octobre 2012

 

 

Au sommaire de ce nouveau N°:

 

Il y a 140 ans... la Commune de Paris (1871) (Corentin LAHU) ; Extrait de « Pacifique » (roman d’Eric MICHEL) ; Poème dramatique pour une commune en sursis (Barbara FLAMAND) ; Demain revivra la Commune (Aurélien DJAMENT) ; Aux Assemblées ! À la Commune ! ; La Révolution sécuritaire (Nicolas BOURGOIN) ; Hommage à la classe ouvrière de Turquie ; Lettre ouverte aux communistes ; Le fond de l'air est moins rouge (Gilbert REMOND).

 

Paris ou le poème de l’amour renversé

 

Je vous hais hommes liges du Pouvoir

De toute la profondeur de mon deuil solitaire

De tout le courage de mes héros tombés

De tout le silence des tombes profanées

De toute la stupeur des enfances atrophiées

De toute la vigueur des bourgeons d’avril

De tout le mystère des bouches qui se rencontrent

De toute la beauté des mains qui se joignent

De toute la blancheur des vies en gestation

De toute la jubilation des forêts printanières

Je vous hais hommes liges du Pouvoir

Hommes paille courtisans de l’Assemblée

Hommes-pourceaux d’indécentes libations

Hommes-stupre des catins de haut prix

Hommes-boursiers des sueurs au rabais

Hommes-vampires des guerres fratricides.

Je vous hais puissants obscènes.

Vous régnez sur mon visible domaine

Mais ne pouvez m’arracher mes cadavres

Que j’épouse en mes profondeurs

Vous ne pouvez empêcher Paris de chanter pour eux

De sa voix intérieure et tremblée

Qu’aucune cour martiale ne peut condamner.

Extrait de « Poème dramatique pour une commune en sursis »

par Barbara FLAMAND.

 

 

La Révolution sécuritaire

 

Par Nicolas BOURGOIN

(…) La Révolution sécuritaire est une révolution conservatrice : les vieilles idées rétrogrades sont recyclées et recouvertes d’un vernis moderniste dans un retour aux sources qui abolit les étapes progressistes de l’histoire des politiques pénales. Retour à la philosophie du code de 1810 qui fait du droit un outil de défense de la société bourgeoise et de la propriété privée en dissuadant par la peur les délinquants potentiels et en mettant à l’écart les délinquants avérés. Retour aux politiques répressives de Défense sociale en gommant la période de Défense sociale nouvelle de l’après-guerre qui privilégiait la réinsertion des délinquants et l’humanisation des peines. Retour à l’école positiviste et à son mythe de l’homme dangereux avec l’autonomisation des mesures de sûreté à l’encontre des terroristes ou des délinquants sexuels. Retour au traitement répressif de la délinquance juvénile et abandon du modèle protectionniste qui plaçait l’éducatif au centre de la réponse pénale, réouverture des maisons de correction. Retour à l’ancienne Doctrine de la Guerre Révolutionnaire conçue pour la répression coloniale – provisoirement écartée au cours du premier septennat de Mitterrand – auquel le modèle sécuritaire contemporain emprunte certaines de ses méthodes – état d’exception et quadrillage policier – pour les appliquer au traitement des violences dans les quartiers populaires. Résurrection des juridictions d’exception, de la loi anticasseurs…. La Révolution sécuritaire a recours au matraquage politico-médiatique pour faire accepter au plus grand nombre un recul des libertés publiques et une régression démocratique sans précédent, sous couvert d’une « modernisation des institutions et d’une adaptation nécessaire aux nouvelles formes de délinquance ». Mais « modernité » est ici synonyme de régressions. L’usage de ce terme totalement à contre-emploi montre une nouvelle fois que la « novlangue » de George Orwell est encore bien vivante. (…)

 

Il y a 140 ans... la Commune de Paris (1871)

 

Par Corentin LAHU

La Commune de Paris a-t-elle vraiment existé ? La question mérite en effet d'être posée, lorsque l'on s'aperçoit que du collège à la terminale, il n'y a nulle trace dans les livres d'histoire, aucun cours sur le sujet. Après de mûres réflexions pour tenter de comprendre cette omission, je me suis dit que la Commune de Paris était sans doute trop compliquée à expliquer à des collégiens, à qui les professeurs doivent déjà faire découvrir la Révolution Française de 1789 ! De même au lycée, cette absence pourrait-elle d'une certaine manière se justifier ? Comment étudier un tel événement, alors qu'il y a déjà tant de sujets à traiter dans le vaste programme d'histoire, avec un volume horaire toujours plus restreint ? Qui plus est lorsque la dernière réforme des lycées supprime l'histoire dans certaines filières, notamment en Terminale S...

Toujours est-il que cet événement, que je pensais si important dans l'histoire de l'émancipation des peuples, n'a pas sa place dans l'enseignement secondaire. Un événement peut-être mineur dans l'Histoire, qui demande pour l'aborder une spécialisation dans ce domaine. Heureusement, bac en poche, je me suis dirigé en faculté d'histoire et je rentre maintenant en 3e année. Vous devez vous dire qu'on a dû en manger, de la Commune de Paris... Que nenni ! En deux années d'étude de l'histoire, dont un quart consacré à la seule époque contemporaine (à partir de 1789), la Commune de Paris n'a été évoquée... qu'une seule fois ! Simplement pour dire, en quelques minutes, qu'il y a eu au XIXe siècle des Révolutions et des insurrections populaires : 1789, juillet 1830, février et juin 1848, et la Commune de Paris en 1871.

Pas un mot de plus, pas de précision sur ce qu'a réalisé le peuple de Paris. Rien sur cet événement, comme s'il devait rester à jamais dans les profondeurs de l'oubli, et rejoindre les poubelles de l'Histoire. Effacé de la mémoire collective par ses détracteurs.

Cet article, qui résume la Commune de Paris, est donc consacré à ce formidable élan des ouvriers parisiens, à ces soixante-douze jours qui ébranlèrent la France et le monde. (…)

« Ce n'est pas une miette de pain, c'est la moisson du monde entier qu'il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploités. (...) La révolution sera la floraison de l'humanité comme l'amour est la floraison du cœur. »

Louise Michel

 

Demain revivra la Commune

 

par Aurélien DJAMENT


Verras-tu dans ta vie notre combat commun

Illuminer le monde en une fleur superbe

Verdoyante de paix, loin des luttes acerbes

Enserrant divisé en classes l’être humain ?

L’hiver gorbatchévien transit les communistes.
Abnégation, patience… et toujours ils résistent.

Comme à Paris naguère une espérance immense

Ouvrira l’avenir volé par les bourgeois ;

Mais alors à jamais on dira : tout commence !

Mais ils ne pourront rien pour contenir la joie

Unissant triomphant le peuple souverain.

Ne désespère pas : féconde est la semence

Emmenée, compagnon, par notre rouge entrain !

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site